Trottinettes électriques : deux sur trois circulent sans assurance et ce sont les automobilistes qui paient
Selon les chiffres publiés fin juin 2026 par le Fonds de garantie des assurances obligatoires (FGAO), 66,7 % des trottinettes électriques circulent en France sans l'assurance responsabilité civile pourtant obligatoire. Les victimes d'accidents causés par ces engins non assurés sont indemnisées par le FGAO, un fonds financé par une contribution prélevée sur les contrats d'assurance automobile. En 2024, il a versé 132 millions d'euros aux victimes de conducteurs non assurés, tous véhicules confondus.
Une obligation d'assurance rarement respectée
Depuis 2019, les trottinettes électriques sont classées comme Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM). À ce titre, elles doivent être couvertes par une assurance responsabilité civile, au même titre qu'une voiture ou une moto. Dans les faits, sur les 3 millions de trottinettes électriques en circulation en France, deux sur trois ne disposent d'aucune couverture.
Plusieurs raisons expliquent cet écart entre la règle et la pratique. Les trottinettes ne sont soumises ni à immatriculation, ni à carte grise, et aucun fichier centralisé ne recense leurs propriétaires. Les forces de l'ordre ne peuvent donc pas vérifier sur place le statut assurantiel d'un conducteur, alors qu'un automobiliste est contrôlable en quelques secondes via sa plaque. Un automobiliste sans assurance risque une immobilisation immédiate de son véhicule et une amende de 3 750 euros. Pour les trottinettes, la sanction reste très difficile à appliquer.
Le coût d'une assurance trottinette est pourtant limité : entre 5 et 15 euros par mois selon les formules, et certains contrats d'assurance habitation peuvent inclure cette garantie moyennant un supplément. Selon le FGAO, la moitié des conducteurs non assurés ont moins de 30 ans, une population qui perçoit souvent la trottinette comme un loisir plutôt que comme un véhicule motorisé soumis à des obligations légales.
818 victimes indemnisées en 2024, une hausse de 8 %
Les statistiques 2024 du FGAO montrent une progression continue des accidents impliquant des trottinettes non assurées. Le fonds a indemnisé 818 victimes blessées par ces engins en 2024, soit 8 % de plus que l'année précédente. Dans le même temps, le nombre global de victimes de conducteurs non assurés recule de 7,3 %.
Les trottinettes représentent désormais 8,3 % des véhicules non assurés impliqués dans des accidents corporels, en deuxième position derrière les voitures (77,7 %) et devant les motos et scooters.
« Aujourd'hui les trottinettes électriques pèsent plus lourd que les deux-roues dans les accidents non assurés », constate Julien Rencki, directeur général du Fonds de garantie des victimes. Au total, 4 640 véhicules sans assurance ont été impliqués dans des accidents corporels en 2024, et environ 680 000 véhicules circuleraient sans assurance en France en 2025 selon les estimations.
Qui paie la facture ?
Le FGAO n'est pas financé par l'impôt mais par une contribution obligatoire prélevée sur chaque contrat d'assurance automobile souscrit en France. Ce sont donc les automobilistes assurés qui financent, indirectement, l'indemnisation des victimes d'accidents causés par des conducteurs non assurés, trottinettes comprises. En 2024, le fonds a versé 132 millions d'euros à ce titre, un montant en hausse de 25 % depuis 2018. Cette progression exerce mécaniquement une pression à la hausse sur les primes d'assurance auto.
Le conducteur non assuré n'est pas pour autant exonéré : le FGAO avance les fonds à la victime, puis se retourne contre le responsable pour récupérer les sommes versées. En cas d'accident corporel grave, l'indemnisation peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, voire dépasser le million d'euros pour un handicap permanent. Des montants qu'un conducteur non assuré devra rembourser personnellement, parfois sur plusieurs décennies.
Quelles pistes pour sortir de l'impasse ?
Plusieurs solutions sont évoquées dans le débat public. La première consisterait à imposer une immatriculation des trottinettes électriques, sur le modèle des cyclomoteurs, afin de rendre les contrôles possibles. D'autres pistes portent sur un contrôle technique ou un permis spécifique pour les EDPM. Les assureurs proposent de leur côté d'inclure automatiquement la garantie EDPM dans les contrats d'assurance habitation, moyennant une majoration forfaitaire pour tous les assurés.
Aucune de ces options ne fait consensus à ce jour. En attendant, la règle reste inchangée pour les utilisateurs : toute trottinette électrique doit être assurée en responsabilité civile, et rouler sans couverture expose à des conséquences financières potentiellement très lourdes en cas d'accident.